Les gestionnaires des affaires publiques, à quelque niveau qu'ils soient, se font du mouron. La vague d'arrestations récemment amorcée dans le pays par l'Opération " Epervier " donne des soucis à plus d'un. Avant même que les autorités compétentes ne s'intéressent à eux, d'aucuns commencent déjà à se justifier. Et sur… la place publique. " Tel que les choses fonctionnent dans ce pays, tout le monde devrait être arrêté, à commencer par le plus petit chef de service qui a quelque chose à gérer jusqu'aux membres du gouvernement, en passant par les directeurs généraux. Regardez seulement comment on gère les ordres de missions ici. C'est des feuilles blanches que nous recevons de la hiérarchie. On les vise et elles suivent le circuit jusqu'aux Finances. Les gens sont payés sans avoir jamais été en mission. Cet argent là leur est dû. Il est prévu dans le budget pour les missions. Il n'y en a pas sur le terrain, pourtant il faut bien le leur donner. On fait comment ? Si une mission de contrôle descend ici, on sera pris parce qu'au regard de la loi, c'est du faux ". Celui qui s'exprime ainsi est directeur dans un ministère de la place. Et, ses dires sont pertinents.
A regarder fonctionner l'administration camerounaise, chacun pourrait objectivement conclure qu'elle est victime de ses propres vicissitudes. En effet, que voulez-vous qu'un directeur, s'entendant répondre " débrouillez-vous " par son ministre lorsqu'il pose des problèmes de matériel, fasse ? Surtout en début d'exercice. Coincés, beaucoup font appel aux fournisseurs qui leur remettent espèces sonnantes et trébuchantes contre des marchés fictifs dont les montants se situent largement au-dessus des sommes versées. A prendre ou à laisser. " Je me souviens qu'une fois, il fallait organiser une réception pour un gouverneur nouvellement nommé. J'ai dû signer un marché correspondant à la fourniture de 700 rames de papiers pour recevoir l'argent permettant de financer l'événement. Nous ne sommes pas une imprimerie pour consommer autant de papier. Mais, il n'y avait pas d'autres solutions. Aucune ligne destinée aux réceptions n'existe dans notre budget. Pourtant, nous sommes appelés à en organiser tout le temps. Si ce n'est pas un piège ça… ", explique le délégué provincial d'une administration.
Les budgets étant souvent disponibles deux à trois mois après le début de l'exercice, les gestionnaires sont parfois obligés d'user de méthodes peu recommandables pour tenir des liquidités à leur disposition. Carburant, ordres de missions, marchés fictifs sur les fournitures de matériel de bureau… tout ou presque y passe. Et que dire des sollicitations politiques ? " Voilà un vaste piège. Il est plus que jamais nécessaire qu'une nette séparation soit faite entre le fonctionnaire, l'employé d'entreprise para-publique et l'homme politique. Dès que vous avez une quelconque responsabilité dans l'administration, les partis politiques commencent à vous solliciter. Si vous ne donnez rien, des rapports sont dressés contre vous. Et ceux qui sont sensibles à ces choses se retrouvent en train de puiser dans les caisses de l'Etat pour satisfaire les besoins du parti. Entre temps, personne ne vous demande d'où viennent les sommes que vous versez ", s'inquiète un autre directeur d'administration centrale. Il n'y a d'ailleurs qu'à voir les sollicitations dont font l'objet les personnes nommées, tant de la part des villageois que des hommes politiques. Ces derniers procédant quelques fois par trafic d'influence et intimidation. Pour mettre bon ordre dans tout cela, il faut davantage qu'une décision ministérielle. Et ce d'autant plus qu'il ne s'agit pas d'un premier essai. Des contrôles comptables réguliers devraient s'effectuer auprès des gestionnaires et des mesures coercitives devraient être prises pour punir tous les contrevenants. Sans exception.
Hélène BIKAGA |