Après avoir cédé en juillet 2008 au fonds de capital investissement Emerging Capital Partners (ECP) 29,3% du capital de Finagestion, la holding détenant ses activités dans les secteurs de l’eau et l’électricité en Côte d’Ivoire et de l’eau au Sénégal, Bouygues, a remis le couvert il y a quelques jours de cela. La major française de BTP vient de se délester encore de 35,7% de ses parts dans Finagestion. Au profit de qui ? Une fois de plus, ECP. Ainsi le fonds de capital investissement monte à 65% au capital. Et, dans la foulée, Olivier Bouygues, qui jusque-là présidait le conseil d’administration de Finagestion, a cédé son fauteuil à Marcel Zadi Kessy, président des filiales ivoiriennes du groupe et administrateur de Finagestion. Signe supplémentaire du désengagement progressif de Bouygues du secteur eau et électricité en Afrique de l’Ouest ?
Pour les avertis du secteur, cela ne fait l’ombre d’aucun doute. Et c’était prévisible depuis la cession par le groupe familial de la Saur pour « concentrer ses investissements sur TF1, Bouygues Télécom et Colas ». Et de faire remarquer que, depuis trois ans, le chiffre d’affaires de Finagestion n’en finit pas de décroître. « De 16,502 millions d’euros en 2006, il a chuté à 13,618 millions en 2007, puis à 12,898 millions en 2008, et les perspectives ne se présentent pas mieux, notamment en Côte d’Ivoire qui pèse plus de 70% du chiffre d’affaires et où la concurrence dans la production de l’électricité prend forme. » Au quartier général du groupe Bouygues, les choses sont présentées autrement. Les explications déjà servies lors de la première cession en 2008 sont encore d’actualité : « La volonté du groupe de faire évoluer la structure du capital de Finagestion en y associant plus étroitement les salariés et des investisseurs régionaux. » Donnée nouvelle toutefois, 10 à 15% supplémentaires du capital devraient être cédés à ces acteurs que devrait « accompagner un partenaire de premier plan en Afrique ».
En effet la stratégie de sortie du secteur eau et électricité ouest-africain du groupe Bouygues s’apparente, à quelques variantes près, à celle appliquée lors de la vente de la Saur. Ici, comme dans l’opération bouclée en 2005, l’acquéreur est un fonds de private equity et le cédant conserve une part minoritaire. Le chiffre d’affaires de Finagestion n’en finit pas de décroître, «notamment en Côte d’Ivoire qui pèse plus de 70% du chiffre d’affaires et où la concurrence dans la production de l’électricité prend forme». Pour les syndicalistes du couple Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE)/Société des eaux de Côte d’Ivoire (SODECI), qui ont vu venir la manœuvre mais qui l’évoquaient en empruntant des raccourcis, la grosse crainte actuellement est que « le fonds de capital investissement, aujourd’hui propriétaire de plus 60% des parts dans nos sociétés, veuille soumettre les services publics de l’électricité et de la distribution d’eau aux impératifs de rentabilité à tout prix qui guident les interventions des structures de ce type ».
A ce sujet, chez ECP, on se veut rassurant. « Cet investissement dans Finagestion vise prioritairement l’amélioration de la qualité de service, la satisfaction client, l’augmentation des rendements, la lutte contre la fraude et la poursuite des politiques de cohésion sociale et de développement durable », assure-t-on. Et, à cet effet, ECP envisagerait d’investir 60 millions d’euros dans le développement de la CIE et de la SODECI. Chez Bouygues, l’heure est à l’organisation des métiers de la maison autour des pôles construction, télécoms & médias. Quelques mois encore, et puis l’activité de production et distribution d’eau et d’électricité sera un bien vieux souvenir.
Lesafriques.com
|