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N° 366 du Mardi 08 Juillet 2008
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Economie


" Il faut adopter d'autres habitudes alimentaires "
Une explication relative à la collaboration entre son ministère et les opérateurs économiques face au relèvement du prix du riz.
08 Juillet 2008

Le 09 juin 2008, sont entrées en vigueur les décisions conjointement signées par le gouvernement et les opérateurs économiques et relatives à l'augmentation des prix du riz au Cameroun. Qu'est ce qui explique une telle initiative ?
Je dirais tout d'abord qu'il n'y a pas eu d'augmentation des prix du riz sur nos marchés. Il s'agit tout simplement d'un réajustement des prix en fonction des réalités du marché international et en tenant compte des impératifs d'assurer le pouvoir d'achat des ménages camerounais. Depuis le 14 mars dernier, des protocoles d'accord lient les opérateurs économiques au gouvernement dans le cadre de l'ordonnance signée le 07 mars 2008 par le chef de l'Etat Paul Biya. L'un des produits cibles était le riz. Dans le cadre de ces protocoles d'accord, les opérateurs avaient accepté de baisser les prix du riz dans les marchés. Vous avez pu constater que par rapport à ce qui se pratiquait avant, ils ont baissé le kilogramme de 40 à 50 Fcfa. Ces prix ont été respectés jusqu'à la fin du mois d'avril. Nous avons malheureusement constaté qu'au début du mois de mai, certains opérateurs ont commencé à spéculer sur les prix du riz. Les prix ont augmenté de manière significative sur le marché et il a fallu se rendre à l'évidence que les stocks de riz sur lesquels le gouvernement avait négocié les premiers accords étaient en voie d'épuisement, et de manière naturelle, certains opérateurs ont trouvé le prétexte pour spéculer. C'est pourquoi depuis le 06 juin 2008, le gouvernement a procédé à une renégociation des prix du sac de riz sur les marchés.
Ce que je voudrais dire, c'est que avant ces négociations, les prix du sac du riz avaient augmenté de manière exponentielle. Pratiquement, les ménagères l'achetaient déjà à 20 000 Fcfa. Ce que le gouvernement a fait en s'arrangeant avec les opérateurs économiques, c'est de ramener les prix à leur juste niveau. Maintenant, vous avez le prix de sac de riz de 5% de brisure qui coûtera désormais 18 250 Fcfa sur le marché de Yaoundé alors qu'il était à plus de 20 000 Fcfa. Le prix du sac de riz de 25% de brisure, le plus consommé par les ménages, est de 16 250 Fcfa. Quand on essaie de comparer avec ce qui se pratique dans les pays voisins, on se rend compte que les prix sont pratiquement raisonnables ici. Il ne s'agit pas de la part de l'administration de procéder à une augmentation des prix sur les marchés. Il s'agit de corriger les prix en fonction des réalités sur le marché international.

Comment allez- vous procéder pour empêcher les spéculations ?
Lorsque nous allons dans une démarche de partenariat avec les opérateurs économiques citoyens, nous avons d'excellents résultats sur le marché. Ceci a été fait avec le consentement des milieux d'affaires de la filière. Je crois que personne ne pourra nous en apporter un démenti. Il y avait là aussi les associations des consommateurs. Quand il y a adhésion des opérateurs économiques, cela signifie que les prix seront respectés et vous savez que ceux avec qui nous avions négocié sont les importateurs, c'est-à-dire ceux qui sont en amont de toute la chaîne de distribution. Ces derniers devraient assurer une police des prix. Dans le cas où (malgré ces bonnes intentions), il y a des écarts de comportement çà et là, nous réagirons avec la plus grande énergie. Il y a des services de contrôle des prix qui ont déjà été mobilisés, et dans les jours à venir, vous entendrez parler des mesures qui ont été prises contre ceux qui vont d'aventure s'engager dans la spéculation.

Le constat, c'est que cette situation s'explique par le déficit de la production. En attendant la relance effective de la production agricole, allez vous accroître l'importation ?
En ce moment, les stocks disponibles peuvent couvrir la demande jusqu'en fin d'année. Il ne s'agit pas d'augmenter la facture, d'aggraver le déficit commercial du Cameroun. Je crois qu'à coté du riz, il faut des produits de substitution. C'est pourquoi au niveau du ministère du Commerce, il y a eu une grande réactivation des marchés périodiques qui ont substantiellement augmenté. Le Cameroun étant un pays à vocation agricole, il faudra faire de cela une réalité en diminuant sa dépendance alimentaire vis-à-vis de certains pays tiers. Nous savons qu'en ce qui concerne le riz, le produit continuera à rester rare. Je ne vais pas jouer les Cassandres, mais il est fort possible qu'à un certain moment, on se retrouve en période de pénurie de riz sur le marché international et dans ce cas, qu'allons nous devenir ? Il est bon qu'à coté de ce produit, les Camerounais développent d'autres habitudes alimentaires traditionnelles en promouvant autant que possible les produits tels que le macabo, le manioc, le mais, le plantain, le sorgho et le mil. Le Cameroun a non seulement les terres mais aussi des forces pour cultiver la terre.

On parle aussi des menaces de suspension d'exportation du riz vers le Cameroun par la Chine et la Thaïlande. Quel est l'état de la situation ?
C'est vrai qu'au niveau de certains pays exportateurs, il y a des mesures de suspension des exportations qui ont été prises. C'est normal parce que ce sont des pays de grande consommation. Il est tout d'abord normal que ces pays puissent d'abord nourrir leurs populations avant de penser aux autres. Ce sont des mesures de salut public. Je ne vais pas citer ces pays. On s'est rendu compte que la consommation du riz a augmenté et continue à l'être. C'est la raison pour laquelle, il nous faut rentrer dans nos cultures ancestrales. Les Camerounais consomment par an 450 000 tonnes de riz. Il y a également le blé qui est fortement consommé, mais qui est mieux géré. Il y a un effort à faire en terme de production locale, grâce à la production locale de mais. Le secteur avicole quant à lui, s'est de nouveau réveillé.

Propos recueillis par
Lucien TCHAPTCHET

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