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Economie


Le Cameroun relance sa filière avicole
C'est à la faveur de la signature de deux conventions d'appui aux micro projets y relatifs entre le gouvernement et les bailleurs de fonds.
19 Août 2008
 

L'objectif réaffirmé du gouvernement est de résorber les conséquences de la psychose vécue de mars à mai 2006, par rapport à la grippe aviaire. L'apparition au Cameroun du virus H5N1, responsable de la forme hautement pathogène de la grippe aviaire, a entraîné une baisse drastique de la consommation du poulet et des œufs, du fait de cette psychose qui s'est emparée des consommateurs. Le montant de ces pertes financières déjà enregistrées est estimé à plus de 2,5 milliards de F CFA. Il s'agit concrètement de 135 micro-projets d'élevage qui vont bénéficier de l'appui du gouvernement camerounais. En mai 2008, une convention visant à relancer la production de poulets avait déjà été signée à cet effet. Une signature dont le point d'orgue a été la lutte contre le retour aux importations de volailles congelées et la relance de l'aviculture sur le plan national.
C'est ainsi que l'Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic) et l'Interprofession avicole du Cameroun (Ipavic), qui regroupe l'ensemble des professionnels de la filière avicole moderne du Cameroun, avaient signé à Yaoundé une convention "dans le but de créer une synergie d'actions en vue de la relance de la filière avicole". L'arrêt des importations de poulets congelés ouvrait pour les opérateurs locaux de la filière, un marché d'environ 20 milliards de francs Cfa par an pour un potentiel de plus de 11.000 emplois. La production qui était montée à 650.000 poussins de chair par semaine est retombée à moins de 150.000 dès le mois de mars 2006 et se situe en 2008 à environ 325.000. La faute revenant en partie à la grippe aviaire qui a sévi en 2006.
La signature des deux conventions d'appui aux micro projets y relatifs entre le gouvernement camerounais et les bailleurs de fonds vient donner un véritable bol d'air à la filière avicole. Une filière qui fait face depuis quelques temps à deux contraintes majeures, celle liée au financement des activités, qui permettrait de reconstituer les ressources perdues du fait de la grippe aviaire et la structuration du secteur. Des mesures gouvernementales qui oeuvrent pour que la chair du poulet, du reste très appréciée par les ménages camerounais, soit au niveau de toutes les bourses.
Le poulet camerounais s'est refait une santé sur les marchés locaux. Et avec eux, toute la filière avicole nationale s'est requinquée. Chaque matin, des camionnettes déchargent des caisses de poulets à des revendeurs qui les proposent ensuite aux consommateurs. "Un bon vendeur peut en écouler aujourd'hui jusqu'à 2 500 par semaine contre environ 850 avant la campagne contre les poulets congelés", explique Jean Noutchegmo, vice-président de l'association des commerçants vendeurs de volailles à Douala. Selon lui, hôteliers, restaurateurs, poissonneries, rotisseries et ménagères, autrefois abonnés aux poulets congelés, comptent désormais parmi leurs clients. "Nous connaissons même parfois des pénuries d'approvisionnement", observe Innocent Kounchie, un vendeur.
A la suite d'une campagne de plaidoyer, menée en 2004 par l'Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (ACDIC), les pouvoirs publics ont diminué progressivement les importations massives (plus de 22 000 t en 2003) de poulets congelés jusqu'à les interdire formellement en 2007. Depuis, l'aviculture nationale, qui, d'après l'association, avait perdu près de 110 000 emplois entre 1994 et 2003, va mieux. La production locale, qui se situait à 250 000 poussins par semaine au début de la campagne de l'ACDIC, est ainsi passée à 600 000, un an plus tard. Cette embellie n'avait été que de courte durée, car la filière a ensuite traversé une nouvelle crise. Après la découverte du virus H5N1 de la grippe aviaire sur un canard mort, dans le nord du pays, en mars 2006, la psychose avait en effet gagné les consommateurs si bien que la production locale était retombée à 50 000 poussins par semaine. Elle a progressivement retrouvé son niveau d'avant la campagne avec l'ambition de franchir la barre de 450 000 dans les prochains mois. En avril dernier, le gouvernement camerounais a octroyé une aide ponctuelle de 221 millions de Fcfa aux accouveurs pour contribuer à la disponibilité des poulets locaux sur le marché pendant les fêtes de fin d'année. "Avec cette aide, nous passerons facilement à 800 000 poussins par semaine. Ce serait un résultat jamais atteint auparavant", pronostique Jean Paul Fouda Ottou, secrétaire exécutif de l'interprofession avicole du Cameroun. À partir de cette année, la filière devrait par ailleurs bénéficier de subventions et de prêts sans intérêt à hauteur de 1 milliard de Fcfa.
Si la filière est en meilleure forme, les consommateurs, eux, apprécient très modérément l'interdiction des importations. Aujourd'hui, le poulet local, généralement entier (d'un kilo et demi à deux kilos environ) se vend entre 1 800 et 3 000 Fcfa sur les marchés ("poulets sur pieds") et dans les poissonneries (poulets prêts à cuire). Soit environ deux fois plus cher que le poulet congelé quand on le trouvait encore sur les étals... "Avec les congelés, nous gagnions en temps et en argent. Aujourd'hui, il faut se rendre dans les marchés, les faire plumer, couper en morceaux et les conserver", se plaint le propriétaire d'un restaurant.
Bernard Njonga, le président de l'ACDIC, relativise les plaintes des consommateurs et assure que le poulet local a finalement peu augmenté en comparaison d'autres denrées alimentaires. "Quand vous maîtrisez la production, vous maîtrisez le prix. Si les poulets importés étaient encore sur les marchés, leurs prix auraient augmenté comme ceux d'autres produits importés", analyse-t-il. "L'objectif de la campagne lancée en 2004 a été atteint pour le moment à 75 %, estime Bernard Njonga. Les importations ont été interdites, les gens consomment le poulet local, l'aviculture a repris et l'État subventionne la filière. Il le sera à 100 % d'ici la fin d'année avec l'installation de chaînes d'abattage qui devraient permettre à la ménagère d'avoir le poulet en morceaux sur le marché, en fonction de sa bourse comme c'était le cas avant avec les poulets congelés." En attendant, certains clients regrettent les bas prix des morceaux de poulets importés, vendus autrefois au détail ou par tas, même si les conditions d'hygiène étaient à l'époque déplorables.

Anne-Lise EKOBIKA

 
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