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N° 319 du Mardi 17 juillet 2007
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Le prix du lait déborde
De nombreuses familles s'en privent désormais, ne pouvant payer les sommes réclamées
par les commerçants.

"Les prix des produits laitiers atteignentactuellement des niveaux historiques ". La FAO a, dans un récent rapport, confirmé début juin ce quiparaissait encore inimaginable voici un an : la hausse du prix du lait de 46 %, depuis novembre 2006. Ce qui se traduit déjà sur les marchés locaux par les
tarifs suivants : 65.000 Fcfa pour le sac de 25 kg de lait en poudre, contre 30.000 Fcfa précédemment. Du coup, les importateurs ont du mal à trouver des fournisseurs. La hausse pourrait dès lors se poursuivre, d'autant plus que " les stocks disponibles sur le marché camerounais sont très en deçà des niveaux habituels ", selon les propos d'une autorité compétente du ministère du Commerce.
Pourtant, depuis douze ans, la production mondiale de lait n'avait cessé d'augmenter, de plus de 20 %. Les principaux producteurs étaient, outre l'Union européenne, l'Inde, la Chine, l'Océanie, le Brésil, l'Argentine et les États-Unis. Mais ces derniers mois, production et exportation ont baissé, et les prixaugmentent. Les analystes, dont la FAO, convergent sur les causes de cette évolution. D'abord, la sécheresse en Australie (qui entraîne une baisse des exportationsde la Nouvelle-Zélande), puis la taxe à l'exportation de 2000 $ US par tonne décidée par l'Argentine, la suspension des exportations indiennes pour satisfaire son marché interne, et enfin la diminution des subventions à la production et à l'exportation du lait des pays européens. L'offre des principaux produits
laitiers échangés (la poudre de lait et le beurre) a diminué, alors que la demande mondiale, elle, a augmenté de 5 %. Résultat : sur le marché international, la tonne de poudre de lait écrémé européenne se vendait 2 615 dollars il y a un an, mais 4 890 dollars début juin.
Les pays importateurs, au premier rang desquels ceux d'Afrique, sont donc frappés de plein fouet. Plusieurs
d'entre eux ont pris des mesures, généralement ponctuelles. Le Maroc a supprimé la taxe à l'importation, l'Algérie a décidé de subventionner le lait vendu dans le pays pour que son prix reste accessible, Maurice a demandé un apport spécial à l'Inde et confié la commercialisation à une société d'État… Mais ces mesures ne valent qu'à court terme, alors que la faiblesse de l'offre risque de durer, tout comme la hausse de la demande. Au lendemain de la Journée mondiale du lait, célébrée le 1er juin
dernier, des sources dignes de foi affirmaient que "dans les pays en développement, on prévoit une hausse de la demande de 25 % d'ici 2025 ", principalement en raison de l'urbanisation croissante. En bonne logique économique, la hausse des prix sur le marché mondial devrait favoriser la production locale. Une campagne lancée par des ONG européennes, peu avant
la hausse des prix, relevait que la faiblesse des prix sur le marché mondial contrecarrait les investissements dans des filières locales de collecte, transformation, réfrigération, conservation et
commercialisation du lait. Les producteurs, situés dans le monde rural, sont confrontés à une série de difficultés qui les empêchent de répondre à la demande croissante des habitants des villes. Une de ces difficultés est la faible productivité du cheptel local. Une vache laitière africaine produit, par an, environ 13 fois moins que sa congénère européenne, 16 fois moins qu'au Canada et 19 fois moins qu'une vache
états-unienne, où l'élevage est fortement mécanisé, explique l'ONG belge SOS Faim.
Conséquence : "En Afrique de l'Ouest et du Centre, la consommation de produits laitiers est satisfaite à plus de 50 % par les importations, cette proportion atteignant plus de 90 % dans les grandes villes", affirmait SOS Faim en 2006. La hausse actuelle des prix va peut-être changer la donne, si des investissements sont réalisés pour produire en abondance un lait de qualité à un prix acceptable pour les consommateurs des villes. Mais cela prendra du temps. En attendant, le continent est doublement pénalisé. Lorsque le prix mondial était bas, il dissuadait d'investir localement dans une filière laitière efficace. Et maintenant qu'il est haut, il renchérit les importations, qui n'ont pas d'alternative dans l'immédiat.

Hélène BIKAGA

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