Comme Okechukwu Ibeanu, expert de l'Onu sur les déchets toxiques, toute personne quelque peu attentive peut le relever. Ordinateurs, téléphones portables, téléviseurs, magnétoscopes, lecteurs Dvd, Mp3…usagés dans les pays en développement atterrissent de plus en plus dans nos contrées. Ramenés par des opérateurs économiques de tous bords ou expédiés dans nos territoires sous forme d'aide au développement, ils présentent de sérieux risques pour l'environnement et la santé humaine. " C'est un problème énorme. Cela va probablement être le plus grave que le monde va devoir affronter au cours de ce siècle. Jusqu'à présent, il arrivait que quelques compagnies occidentales isolées déversent quelques tonnes de déchets toxiques dans des régions isolées des pays en développement, mais ce commerce est devenu maintenant plus systématique et il est en train de prendre de l'ampleur ", explique Okechukwu Ibeanu.
Selon l'expert de l'Onu, la décharge de déchets électroniques est en nette augmentation chaque année. Pour lui, les donateurs, dans le cadre de l'aide au développement, offrent sûrement leurs matériels usagés aux pays pauvres en toute bonne foi et ça ne devrait en principe avoir rien en commun avec les décharges illicites. C'est là tout le paradoxe. Un ordinateur qui arrive en fin de vie, une fois ouvert, contient au moins 21 produits chimiques toxiques différents. Et, le problème est que beaucoup de pays pauvres ne disposent pas de la technologie et de l'expertise technique pour détruire ou entreposer ces déchets en toute sécurité. Des règles internationales interdisant la décharge ou le mouvement illicite de déchets dangereux et toxiques existant, l'on ne comprend pas que ce commerce explose comme actuellement.
Explication de l'expert, beaucoup de pays en développement font du commerce des déchets toxiques à cause de la pauvreté. Hélas, les bénéfices monétaires à court terme sont de loin contrebalancés par les impacts à long terme sur l'environnement, les risques pour la vie, la santé et l'habitat des populations affectées. " Les pays qui n'ont pas la technologie ou le savoir-faire technique pour manipuler ces déchets en sécurité et les entreposer devraient se concentrer sur d'autres activités génératrices de revenus ", recommande-t-il. Pour ce dernier, il est plus que jamais important que les gouvernements et les populations reçoivent des informations sur cette situation, car les conséquences peuvent être dramatiques pour des vies. " Par exemple, les produits chimiques toxiques devraient être étiquetés dans la langue locale. On doit faire plus pour expliquer aux femmes et aux enfants les risques sanitaires qu'implique le fait de travailler dans des industries polluantes ou de fouiller les décharges pour récupérer des matériaux à recycler et à vendre. Informer le public sur les déchets toxiques est vital, car, contrairement aux changements climatiques, les gens n'en voient pas les effets tout de suite. Ils font l'expérience de la sécheresse, des inondations et des tempêtes qui accompagnent les changements climatiques. Mais ça peut prendre des années avant que les gens tombent malades à cause de l'empoisonnement au mercure ou de l'exposition au DDT ou au PCB (produits organochlorés connus aussi sous le nom de pyralènes). Ils doivent être mis en garde contre ces dangers pour pouvoir agir pour diminuer les risques sur la santé ", a martelé Okechukwu Ibeanu. De quoi occuper davantage les pouvoirs publics pendant les prochaines années.
H. B.
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