Le ministère des Forêts et de la Faune a récemment financé la participation de certains de ces agents à une formation sur la gestion des archives et de la documentation assistée par les Tic. Outre ces personnels du Minfof, l'Institut international de management d'Abidjan où était dispensé ladite formation, a aussi accueilli quatre autres compatriotes envoyés par le Minep et les services du premier ministre, au milieu d'autres apprenants venus de sept pays africains.
Ladite session de renforcement des capacités s'inscrivait dans le cadre de la mise en œuvre du Psfe, qui prévoit, en sa composante V, la création d'un Centre de documentation et d'archivage qui permettrait un meilleur partage des informations dans le secteur forestier et faunique. Cette formation qui intervenait après l'acquisition par le Minfof d'équipements de base nécessaires à la mise en place d'un CDI, est de nature à redonner le moral aux documentalistes qui se rendent compte que le Minfof est résolu à valoriser leur savoir-faire en apportant une riposte adéquate à la perte et à la dispersion de sa mémoire qu'on a constaté jusqu'ici ; Une situation qui prévaut un peu partout dans les administrations publiques et privées camerounaises.
Le quotidien des administrations camerounaises est en effet jonché d'histoires cocasses et, à tout le moins surprenantes. En effet, il ne se passe pas un jour sans qu'un dossier disparaisse mystérieusement d'un bureau sans laisser de trace. Et ce malgré, les nombreuses recherches parfois entreprises pour le retrouver, les malheureux agents se retrouvent souvent bredouilles après avoir mis le bureau sens dessus dessous, fouillant et refouillant le moindre recoin, avant de se rendre à l'évidence qu'il n'y a ni dossier, ni fond de dossier. Dans bien de cas, l'on accuse la mauvaise foi voire l'incompétence des agents. Si l'une et l'autre ne sont pas à exclure totalement de la liste des responsabilités, il faut cependant reconnaître que c'est la mauvaise politique d'archivage qu'il faut décrier.
Car une bonne tenue des archives tant physique qu'électroniques aurait permis d'éviter de tels manquements, dont la conséquence immédiate est le manque de pro activité, d'efficacité et partant le grippage de la machine gouvernementale qui débouche elle-même sur l'inertie.
Cette situation, on s'en doute, découle de l'absence d'une réelle politique de gestion des archives dans notre pays, car, à vrai dire, l'administration publique camerounaise n'a pas su valoriser ce corps de métier. Les agents qui sont affectés dans les services (archives, documentations ou courrier) ont l'impression d'être les victimes d'un complot ou d'un règlement de compte ourdi par leurs détracteurs. En général, l'affectation au service des archives est perçu comme une affectation disciplinaire, mieux une dégradation et non une promotion, et même carrément une mise en fourrière.
Or, les archives dans les pays développés permettent d'éclairer la lanterne des dirigeants sur certains dossiers sensibles. Entre autres : dresser le profil de carrière d'un agent, revisiter la trajectoire d'un homme politique, attribuer ou retirer une licence ou un agrément à un opérateur économique, analyser les mécanismes d'avancement des personnels, etc.
Cependant, le constat amer que l'on fait est que l'administration publique camerounaise semble quelque peu négliger les notions d'archivage et de documentation. Cette négligence couplée à la mauvaise tenue desdites archives qui traînent tantôt dans les couloirs et même dans les toilettes exposent ces précieux outils à un funeste sort, condamnées à servir le papier d'emballage.
Et du coup les professionnels de ce corps de métier sont abandonnés à eux-mêmes et totalement écartés du processus de prise de décision. Une erreur qu'il faudra rapidement corriger pour plus d'efficacité. Car, il est parfois judicieux de jeter un coup d'œil dans le rétroviseur afin d'évaluer le chemin parcouru.
Etienne NANFACK |