Le licenciement de Yves Michel Fotso, et de son président du conseil d'administration feu Etienne Ntsama le 3 novembre 2003, a été décidé à la suite d'une série d'évènements hautement préjudiciables pour la compagnie. Alors que tout semblait voler de travers, que ces responsables, à cause de la mauvaise gestion, n'avaient pas eu le tact d'apporter une quelconque explication concernant l'annulation de tous ses vols intérieurs et internationaux, aucun dédommagement aux voyageurs pénalisés, et aucune recommandation évoquant la probabilité d'une reprise des vols. Ceci a eu l'inconvénient de pénaliser les milliers de passagers abandonnés dans les aéroports du pays et des métropoles ouest africaines.
Et ce sont justement ces problèmes managériaux qui ont détruit la défunte Camair à petit feu. Pendant des années en effet, la Cameroon Airlines a souffert des crises à répétition, qui ont immobilisé sa flotte au sol à plusieurs occasions. La dernière en date aurait été causée par un manque de fonds pour payer les primes d'assurance et les salaires du personnel.
Un Boeing 767 de la compagnie est resté cloué au sol, à l'aéroport de Paris Charles de Gaulle, parce que les responsables n'avaient pas pris le soin de renouveler sa couverture d'assurance arrivée à expiration. D'autre part, l'équipage yougoslave de deux DC-9 assurant la liaison interne et les vols de courte distance vers les capitales africaines, est entré en grève pour non-paiement de son salaire.
Cette dernière interruption des services n'a pas surpris les passagers camerounais, qui, coutumiers du service imprévisible de leur compagnie aérienne nationale, l'ont surnommée "Air peut-être". En juin de cette année, un problème de trésorerie avait de nouveau gelé le paiement du bail sur ses avions et avait mis fin à ses services.
La compagnie a pratiquement frôlé la faillite en 2000, sous le poids de dettes s'élevant à 60 milliards de Fcfa. Le gouvernement avait, dans la foulée, nommé Yves Michel Fotso qui avait alors réduit le personnel d'un tiers. Et, lorsque les problèmes financiers se sont poursuivis, il avait injecté dans la compagnie des fonds supplémentaires de la banque de son père, la Commercial bank of Cameroon, avait-on appris à l'époque. Sans succès du reste pour des raisons connues. Il en est reparti après avoir brisé les dernières ailes de cette entreprise qui faisait jadis la fierté nationale.
Sans monnaie de rechange, le gouvernement a dû reprendre les choses en main une nouvelle fois, pour éviter la mort définitive de la Camair. Cette réaction de la présidence avait été dénoncée par des observateurs avertis. Mais cela a été fait par simple amour propre et de crédibilité politique du pays.
Maxence KOTTO |