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Notre Epoque


Moutons, chèvres, bœufs et humains se disputent les rues
Les troupeaux de bétail sont plus jamais présents dans les rues de la capitale, à la recherche de pâturages.
02 septembre 2008

Nouvelle route Bastos, à Yaoundé. Nous sommes un lundi matin. La longue file de voitures, qui s'étire déjà vers le contrebas du palais des Congrès, ne cesse de s'allonger. Exaspérés par l'attente, les automobilistes n'ont de cesse de klaxonner. De guerre lasse, d'aucuns quittent la file à la recherche d'une déviation. D'autres, obligés d'attendre, s'enquièrent des causes de cet embouteillage matinal monstre. La question est à peine posée qu'apparaît la réponse : un troupeau de chèvres et moutons gambadant joyeusement en pleine chaussée. La vision a quelque chose de cauchemardesque pour les automobilistes. " Ça c'est incroyable ! Un troupeau de moutons bloque la circulation le matin, alors que les gens vont au travail ? Vraiment !?! ", s'exclame un automobiliste furieux.
Le genre de scène ci-dessus évoquée est devenu quasi-quotidien dans les rues de Yaoundé. " Sur l'axe Etoudi - Ngousso, il y a plusieurs troupeaux tous les matins. Et ceux-ci y ont déjà provoqué des accidents. Nous sommes quand même dans une capitale et c'est anormal que les animaux y circulent de cette manière ", se plaint un habitant du quartier Ngousso. Au Cameroun, même si les pâturages et les campagnes alentours sont plus sûrs, de nombreuses bêtes restent en ville, occasionnant toutes sortes de désagréments. La patience des citadins est mise à rude épreuve, mais les sanctions tardent à tomber sur les propriétaires et autres bergers.
La nuit tombée, ces troupeaux d'animaux en transhumance constituent de vrais dangers de la route. C. Ndjoana, " braiseuse " de poissons sur le trottoir se dit obligée de redoubler d'attention la nuit car, elle a déjà manqué de se faire piétiner par un troupeau de boeuf. Gilles A., " moto-taximan " avoue avoir déjà fait tomber un de ses passagers, après avoir glissé sur de la bouse de vache. Et que dire de l'odeur dégoûtante que ces bêtes laissent derrière elles, ou de la pollution qu'elles occasionnent ? " La bouse est déversée dans les rues déjà balayées par Hysacam. Et puis, les bergers bivouaquent avec leurs bêtes dans les espaces verts : imaginez vous-même les dégâts. De plus, ceux qui ont des moutons ou des chèvres les lavent dans les cours d'eau de la ville. Du coup, les riverains qui utilisent souvent cette eau pour les besoins ménagers ne peuvent plus le faire ", se plaint un habitant du quartier jouxtant la Nouvelle route Bastos où passe le Mfoundi. Furieux, un autre riverain brandit des légumes et des tubercules arrachés dans son champ. De même, des jardiniers installés non loin du carrefour Warda maudissent ces bêtes pour avoir brouté leurs plantes.
Alors que la circulation régulière de ces bêtes par les artères de la ville fait des mécontents, il ne s'agit pourtant pas là d'un phénomène nouveau dans la capitale camerounaise. Cela aurait commencé dans les années 1980, quand Yaoundé n'était pas encore autant peuplée. Mais à présent, ce qui pouvait se comprendre hier, ne se justifie plus aujourd'hui, alors même que Yaoundé est en train de prendre toutes les allures d'une capitale moderne. Certains maires et même des chefs de quartier ont déjà invité les propriétaires et les bergers à ne plus faire paître leurs troupeaux dans les cimetières et autres espaces verts, ni les faire circuler en ville ou les loger dans des quartiers résidentiels.
Des observateurs avertis estiment que le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé, Gilbert Tsimi Evouna, devrait signer un arrêté précisant les sanctions encourues par les bergers et propriétaires récalcitrants. La loi prévoit en effet la confiscation des bêtes en divagation, la prise en charge par le propriétaire de cette "fourrière", une forte amende ou une courte peine d'emprisonnement. De quoi éviter que Yaoundé ne demeure une grande ferme en plein air.

Hélène BIKAGA

 
 
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