
La séance de photos dans le bois du Carrefour Warda ou au rond-point, doté d'un espace vert, de l'Immeuble Etoile, est devenue un rituel que les personnes nouvellement mariées à Yaoundé s'adonnent, le samedi, juste après la célébration du mariage à la mairie. Les autres jours, hormis le dimanche, ces deux endroits, ainsi que le Rond-point de la Cnps, sont pris d'assaut par les promeneurs et les photographes qui les squattent en permanence. Entre la Campost et le bois du Carrefour Warda, ainsi que sur la nouvelle route bastos, des nuées d'horticulteurs bichonnent, à longueur de journée, des plantes et profitent ainsi pour montrer leur savoir-faire aux amoureux de la nature, qui achètent leur service et/ou les plants qu'ils exposent. Le cocktail de couleurs et de formes offert dans ces espaces verts est tout simplement paradisiaque. C'est sans doute pour cela que le délégué du gouvernement Tsimi Evouna, souvent prompt à faire déguerpir automobiles mal garées et commerçants installés sur les trottoirs du centre-ville, laissent ces horticulteurs squatter ces espaces publics. Mieux, il s'est même mis à les encourager en décernant des prix aux meilleurs d'entre eux. Grâce à cet exemple pris à Yaoundé, le constat peut donc être fait que les Camerounais qui vivent dans les villes ont faim d'espaces verts.
C'est pour leur en offrir davantage que les acteurs intéressés par cette question se sont réunis au jardin zoologique de Mvog-Betsi jeudi dernier. Le constat a été fait que le développement des villes camerounaises se fait sans tenir compte des normes d'urbanisation en matière de reboisement qui sont pourtant prescrites par la loi portant régime des forêts, de la faune et de la pêche. Celle-ci prescrit le quota de 800 m2 de plantation forestière pour 1000 habitants.
Outre l'objectif d'embellissement souligné plus haut, les experts, au cours de la concertation de jeudi dernier à Mvog-Betsi, ont révélé que la foresterie urbaine et périurbaine peut jouer d'autres rôles même plus importants, comme l'assainissement, la protection des bassins versants et l'approvisionnement en bois énergie et en bois de service. La plantation d'eucalyptus au Carrefour Warda et tout au long de la Nouvelle route bastos a par exemple été faite dans le but principal d'assécher le marécage. Malheureusement, la foresterie dans nos villages, comme l'ont relevé plusieurs experts à Mvog-Betsi, est encore loin de remplir tous ces rôles qu'elle devrait remplir à cause de l'absence d'une stratégie de développement urbain bien pensée : les horticulteurs qui s'activent ici et là ne sont pas tous bien formés ; ils sont donc pour certains inaptes à choisir les espèces ornementales à planter dans les jardins publics, tandis que les paysagistes se font discrets.
Les participants à la concertation de jeudi dernier se sont donc accordés à dire qu'il est urgent d'élaborer une stratégie de développement de la foresterie en milieu urbain et périurbain qui implique tous les acteurs : forestiers, urbanistes, horticulteurs et paysagistes.
Lors de son allocution devant ces experts, le ministre des Forêts et de la Faune, Elvis Ngolle Ngolle, qu'entouraient le ministre de la Jeunesse et le ministre délégué à l'Environnement et à la Protection de la nature, a lancé un appel à tous les Camerounais de faire de ce mois d'octobre 2007, le mois du reboisement. A cette occasion, un accent particulier sera mis sur la plantation d'arbres en zone urbaine et périurbaine.
Etienne NANFACK