
Jeudi le 21 août 2008, soit huit jours après la rétrocession totale de Bakassi au Cameroun, Paul Biya s'est ouvert exclusivement sur le sujet à travers un message radio télévisé. Sans amalgame et avec méthode. La démarche du chef de l'Etat épouse celle des gens qui sont coutumiers des règles de bienséance sociale, de convenance diplomatique. Au cœur du sujet : " le retrait de l'administration et des forces de police nigérianes de la presqu'île de Bakassi et le transfert d'autorité au Cameroun le 14 août 2008 conformément à l'Accord de Greentree signé le 12 juin 2006 entre le Cameroun et le Nigeria en présence des Etats témoins ". Un événement historique appelé à " faire date " découlant des " négociations longues et difficiles " auxquelles Paul Biya a voulu associer la modération, la patience, la constance et la détermination du peuple camerounais à qui sont tout naturellement revenus les félicitations et les remerciements du chef de l'Etat camerounais.
Bénéficieront également dans l'ordre de l'hommage appuyé du chef de l'Etat " nos vaillants soldats qui ont payé de leur vie, la défense de notre intégrité territoriale et de notre souveraineté ", des actes pour lesquels " la Nation tout entière leur sera à jamais reconnaissante ", le peuple frère et les autorités du Nigeria qui tout comme le Cameroun, " ont tenu leurs engagements en faisant prévaloir la raison et le droit ". Enfin les Etats témoins, en l'occurrence les Etats-Unis d'Amérique, la France, l'Allemagne fédérale et le Royaume Uni ainsi que l'ensemble des pays amis à travers leurs " distingués représentants au Cameroun ", ont également eu droit à la reconnaissance personnelle du chef de l'Etat et à travers elle, celle du peuple camerounais pour leur soutien constant quant à la mise en œuvre de la décision de la Cour Internationale de Justice et de l'Accord de Greentree.
Paul Biya n'a pas oublié le rôle décisif joué par les secrétaires généraux successifs de l'Organisation des Nations Unies pour les efforts déployés par leurs représentants au sein de la Commission mixte aux fins de rendre possible l'application des accords conclus entre les deux pays. Et tout en soulignant que les progrès et le développement auxquels aspire chaque peuple demeureraient hors d'atteinte sans cette paix dont les Camerounais sont épris et qu'ils s'efforcent de préserver, Paul Biya n'était pas loin de croire que l'issue pacifique de l'affaire de Bakassi fera précédent sur le continent. Et d'asséner alors ce qui à ses yeux découle d'une évidence : " Il va de soi que le Cameroun et le Nigeria se doivent désormais de tout mettre en œuvre pour consolider le règlement intervenu et saisir les opportunités qui s'offrent à eux pour développer leurs relations dans tous les domaines ".
Favorisés du reste par des liens forgés par l'Histoire et la Géographie au-delà des " liens multiples ancrés dans une communauté de culture ", les peuples nigérian et camerounais, soutient Paul Biya, ont toutes les " raisons possibles de promouvoir des rapports d'amitié et de coopération mutuellement bénéfiques ".
Et découlant fort logiquement de cette perspective engageante, une promesse faite par le chef de l'Etat en terme de garantie à l'endroit de " nos frères et sœurs nigérians qui ont choisi de résider au Cameroun, aussi bien ceux qui se trouvent à Bakassi que ceux qui en très grand nombre, vivent depuis de longues années en territoire camerounais ", la poursuite sans entrave aucune, comme par le passé de leurs activités, " pour autant, bien sûr, qu'ils se conforment aux lois et règlements du Cameroun ".
Maxence KOTTO