L’histoire de la décentralisation au Cameroun, en notre souvenance, remonte depuis 1941, année de création des communes de Douala et de Yaoundé. Depuis cette année, quoiqu’on dise, la politique de la décentralisation a évolué au Cameroun à travers la mise en place d’autres communes. La loi n° 95/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution du 2 juin 1972 a donné une nouvelle impulsion à la décentralisation, améliorant le développement politique, social et économique du Cameroun. Cette loi, en son article 10, traitait déjà des collectivités territoriales décentralisées. Et le terme région renvoyait à cette époque à une réalité administrative qu’était la province. L’enjeu majeur de la décentralisation était de promouvoir le développement durable en impliquant les populations de la base à la gestion de leurs affaires. A la suite de cette loi n°96/06 du 18 janvier 1996, un nouveau dispositif législatif est entré en vigueur avec la loi n° 2004/017 du 22 juillet 2004 dite d’orientation de la décentralisation fixant les règles générales applicables en matière de décentralisation territoriale. Cette loi, rappelons-le, définit la décentralisation comme « un transfert par l’Etat aux collectivités territoriales décentralisées de compétences particulières et de moyens appropriés ».
Pour le législateur, « la décentralisation constitue l’axe fondamental de promotion du développement, de la démocratie et de la bonne gouvernance au niveau local ». Votée en 2004, cette loi, très attendue, est venue combler la soif de précision, de lisibilité et de visibilité qui voilait jusque-là les contours encore imprécis du processus de la décentralisation annoncée en grande pompe par le texte constitutionnel du 18 janvier 1996. Ce cadrage législatif disponible, il fallait donc préparer mûrement les élus du peuple et les citoyens à assumer efficacement les responsabilités que leur impose le transfert des compétences dévolues au plan économique, social, sanitaire, éducatif, culturel et sportif. D’où les efforts de vulgarisation des textes fondateurs de la décentralisation, à travers de nombreux séminaires et ateliers de renforcement des capacités. Ceci, pour permettre aux élus locaux de maîtriser leur rôle afin de faire des communes « des centres d’application de la bonne gouvernance », et des conseils municipaux « d’authentiques écoles de démocratie ». Le dernier séminaire en date sur le transfert de compétences et ressources aux collectivités territoriales décentralisées, a réuni à Yaoundé les 3 et 4 décembre derniers les maires et les membres du Conseil national de la décentralisation. Aussi vrai que le 9 novembre 2009, le Premier ministre, chef du gouvernement, Philémon Yang, en réunissant le Conseil national de la décentralisation pour faire le point de l’avancement du processus, avait confirmé l’option 2010. « Le processus est irréversible et entrera effectivement en application dès le 1er janvier prochain avec les premiers transferts de compétences et de ressources aux communes et communautés urbaines », martela-t-il ce jour, faisant savoir que les premières activités des collectivités locales seront : « le cantonage routier, la construction des barrières de pluie, des salles de classe et des centres de santé, la gestion des bacs de franchissement, l’aménagement des aires de jeu et des points d’eau ».
Et le secrétaire du Conseil, Appolinaire Penda, rassurait : « une fois le budget voté à l’Assemblée nationale, tout devrait aller très rapidement ». L’on parle aujourd’hui de 45 milliards de francs Cfa mis dans la cagnotte de la décentralisation. C’est dire l’importance qu’accorde le gouvernement à la réussite du processus de décentralisation au Cameroun.
L’un des atouts essentiels du processus étant de répondre à un besoin sans cesse exprimé par les populations de la base de participer à la prise de décision et à la gestion des affaires les concernant, l’on comprend toute l’attention portée au suivi des activités des élus locaux dans l’exercice de leurs fonctions où le moindre faux pas ne leur sera pas pardonné. Au cours de ces derniers mois, de nombreux élus locaux, convaincus de malversations financières, d’abus de biens sociaux, d’atteinte à la fortune publique, encourent des poursuites judiciaires. Après la mise en place des régions, le processus de décentralisation a beaucoup avancé. Face aux députés le 30 novembre 2009, le ministre des Finances, Lazare Emmanuel Essimi Menye, avait annoncé le recrutement des ingénieurs au niveau central qui « seront affectés dans les communes qui ne pourront pas supporter les salaires ». Et c’est le lieu de souligner ici que le Cameroun a désormais besoin des élus locaux qui causent, pensent et se projettent vers le futur. Question de répondre aux attentes des populations en matière d’accès au moins aux services de base. La décentralisation étant au jour d’aujourd’hui une voie de non retour, le gouvernement devrait parler d’une seule voix. Surtout qu’il faudrait que les ministères techniques s’approprient cette nouvelle donne, indicatrice du niveau d’enracinement de la culture démocratique et porteuse de réels espoirs d’un développement durable.
Abé BIJEPI
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