Comment appréciez-vous l'exploit de Françoise Mbango Etone lors des récents Jeux olympiques ?
Ça ne peut que me faire plaisir. C'est la réalisation d'un rêve. Quand j'étais athlète, je pensais qu'un jour, je pouvais être le meilleur du monde dans ma discipline. Mais à cause d'un accident, j'ai précocement arrêté ma carrière. Alors mon challenge était de former les enfants, les jeunes pour me permettre d'assouvir mon rêve à travers eux. Françoise Mbango l'a fait à deux reprises ; ça me fait énormément plaisir. Pour caricaturer, Françoise Mbango est à présent un immeuble de seize étages. On ne peut pas avoir un tel immeuble sans une bonne fondation. Alors je suis fier d'être la fondation de Françoise Mbango.
Lorsque vous êtes devenu son entraîneur, avez-vous pensé qu'elle deviendrait la championne qu'elle est aujourd'hui ?
En 1997, alors que Françoise Mbango n'avait que deux ans d'entraînement au triple saut, j'ai sorti un document où je prédisais tout ce qui se réalise depuis 2000. J'avais dit que si Mbango était bien dans sa tête, physiquement en forme, elle pouvait rivaliser avec les meilleurs du monde. Avant les JO, j'ai dit dans certains médias que Françoise Mbango allait remporter la médaille d'or et pourquoi pas battre le record mondial. Elle était juste à côté de ce record. Je suis très satisfait pour le travail bien fait.
Qu'est-ce qui vous rendait si certain alors qu'elle avait passé trois ans sans compétir ?
Contrairement à certaines idées, la maternité n'est pas une chose négative pour un athlète quand on a un bon plan de carrière. C'est plutôt une source de motivation quand elle s'est bien passée. Pour Mbango, ce n'était pas un passage à vide en tant que tel. La technique est restée dans la tête, il fallait simplement se préparer physiquement.
Pensez-vous qu'elle peut continuer à progresser ?
A vrai dire dans les disciplines explosives comme le triple saut ou le sprint, à un certain âge sur le plan biomécanique ou biochimique ; il y a certaines choses qu'on perd avec l'âge. Cela dit, je pense que Françoise Mbango peut encore être au mieux de sa forme pendant deux ou trois ans. Mais il faut toujours tenir compte de la transcendance. On pourrait être surpris agréablement que Françoise Mbango soit aux Jo de Londres en 2012 et qu'elle soit sur la première marche du podium pour le bien de l'athlétisme mondial parce que ce sera historique que trois fois de suite, nous ayions quelqu'un qui domine sa discipline. Avec un bon encadrement, Françoise Mbango peut aller chercher le record du monde.
Est-elle reconnaissante envers vous ?
Je renverrai cette question à l'athlète. Mais je peux dire que c'est dommage que les gens qui ont passé le temps sous le soleil parfois sous la pluie à s'occuper des enfants, des jeunes se sentent seuls à un moment donné, qu'ils aient l'impression que ce qu'ils font, c'est pour les autres. Qu'en retour, il n'y ait pas de merci. Je n'accuserai pas Françoise Mbango. C'est peut-être l'environnement dans lequel nous évoluons.
Propos recueillis par
Dieudonné MESIJO |